N° 23 octobre 2012

La politique communale en faveur des seniors selon Itinera

Jean Hallet, Président Honoraire d’ENEO, Mouvement social des aînés

Les défis de la politique locale vis-à-vis des seniors sont énormes.
Un commentaire de l’analyse publié par le think tank Itinera à ce sujet.

A l’occasion des élections communales,
Itinera a publié une étude sur
le rôle à jouer par les communes
pour faire face aux défis du vieillissement.
L’auteur, Peter Van Herck,
souligne l’urgence d’une prise de
conscience au niveau local des initiatives
à prendre en raison de la
forte croissance du nombre de
seniors de plus de 85 ans : doublement
à partir de 2025.

Il serait même question « d’un tsunami
argenté et silencieux » dans la
région du littoral…
« D’ici 2025, 160O à 3500 places
devraient être ajoutées annuellement
aux soins résidentiels. Le
nombre de 1600 suppose que nous
puissions réaliser un accroissement
de 50% des soins à domicile ».

L’hébergement

Jusqu’à présent trop peu de résidences-
services et de centres de
jours ont été ouverts. Partout on
note des listes d’attente dans les
centres résidentiels. Même à
Bruxelles, où on peut prévoir un
tassement de la proportion des
plus de 80 ans, la pénurie de places
est préoccupante.

La qualité de vie dans les maisons
de repos, notamment en matière
d’alimentation, laisserait souvent à
désirer. « 60% des seniors vivant en
milieu résidentiel connaissent un
risque de sous-alimentation ». La
situation financière des communes
limitera leur capacité d’intervention :
augmentation des charges des
CPAS en raison de la crise, baisse
des dividendes du secteur énergétique,
écroulement du holding communal
Dexia, charges des pensions
des contractuels.

Comme exemple de solution, l’auteur
mentionne l’utilisation de certificats
de résidence dans plusieurs
villes flamandes. La commune
émet une obligation et au lieu d’un
intérêt financier, le préteur bénéficie
d’un droit de logement dans la
résidence. Des tiers investisseurs
peuvent aussi acheter ces obligations
et revendre aux personnes
âgées le droit au logement.
On pourrait au moins s’interroger
sur la discrimination entre riches et
pauvre que peut engendrer un tel
système…

De même qu’en soulignant l’impécuniosité
des communes et en
n’évoquant même pas le rôle de
l’associatif, il ne resterait qu’à
conclure que c’est au secteur privé
commercial à prendre le relais. La
vie en milieu résidentiel est d’un
coût supérieur aux pensions
moyennes. Donc concluait l’auteur,
les personnes âgées sont obligées
de vendre leur maison ou de
dépendre de leurs enfants ou du
CPAS. La nécessité d’une amélioration
des pensions légales n’est
même pas mentionnée.

En ce qui concerne l’aménagement
du territoire, Itinera reproche au
gouvernement (lequel ?) d’appliquer
« une priorité fétichiste » à l’implantation
d’un nouveau centre de
soins résidentiel au centre de la ville
ou du village. Cette critique fait bon
marché du danger de perte de
contacts extérieurs pour les résidents
encore capables de se déplacer
de façon autonome moins limitée.

La coordination

L’étude confère aux communes une
fonction de « réseautage et de
coordination » pour l’hébergement
et les soins. Autant il nous paraît opportun d’insister sur le rôle
irremplaçable des communes dans
une politique de l’hébergement qui
prend en compte le vieillissement
autant nous comprenons mal comment
les communes pourraient
s’attribuer une fonction de coordination
des soins. Itinera ignore l’important
réseau de soins à domicile
mis en place à l’initiative de l’associatif
notamment mutualiste. Dans
de grands services tels que la
FASD1, il est proposé aux seniors
dépendants le libre choix des solutions
adéquates aux besoins
constatés.
Bien entendu, là où c’est nécessaire,
les CPAS ont un rôle supplétif à
assumer.

Les communes peuvent par contre
être utiles en diffusant une information
exhaustive sur tous les services
disponibles sur leur territoire.

La participation

Itinera recommande diverses
formes d’activité physique et la participation
à la vie associative. On
aurait souhaité que soit préconisé
clairement la mise à la disposition
des associations de seniors des
infrastructures sportives adaptées
et des locaux de réunion.
La participation démocratique des
aînés dans l’aménagement du territoire
et la conception de nouveaux
projets est présentée comme un
« must ». Ceux qui ont la pratique
des conseils consultatifs des aînés
communaux savent que sans une
préparation et un soutien des associations
de seniors, la participation
se transforme en entérinement
passif des décisions du bourgmestre
ou de l’échevin.

Feuille de route

La note d’Itinera se termine par le
développement d’une méthode
d’élaboration et de mise en oeuvre
en six phases d’un programme de
prise en charge des besoins des
seniors. Les procédures suggérées
paraissent bien lourdes mais la
recommandation d’une réflexion
suivie d’une programmation et
actions systématiques est certes
bienvenue.

Pour conclure, une lecture attentive
de l’étude de Peter Van Herck est
utile pour ceux qui s’intéressent à la
politique communale en faveur des
seniors. L’auteur a le mérite d’avoir
consulté et synthétisé une abondante
littérature. Nous regrettons
qu’il ait méconnu le rôle joué par
l’associatif dans les soins, l’hébergement
et la représentation des
seniors.

N° 23 octobre 2012

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